“Nous travaillons sur une première innovation dans les lunettes de réalité augmentée”

22 septembre 2022 Aujourd’hui à 03:00

Si les lunettes de réalité augmentée deviennent à l’avenir un produit électronique grand public grand public, c’est peut-être en partie grâce à deux entreprises flamandes.

Chaque jour, nous sommes scotchés à toutes sortes d’écrans, sur lesquels, sans toujours s’en rendre compte, la technologie sous-jacente ne cesse de s’améliorer. Après LED, OLED a été installé. Et maintenant, c’est au tour de la microLED de faire son entrée.

Ce dernier développement s’accompagne d’une plus grande efficacité énergétique, d’une luminosité maximale plus élevée, d’un temps de réponse inférieur à la microseconde, d’une bonne résistance aux variations de température et d’une longue durée de vie.

Comme son nom l’indique, la microLED touche à l’ordre du microscopique. Nous parlons ici d’un micromètre, ou d’un millième de millimètre, là où l’échelle des LED était encore mesurée en millimètres.

“Si vous pensez à l’anneau qui entoure le centre-ville de Louvain comme la taille d’un pixel sur un écran de la technologie avec laquelle nous traitons, nous travaillons à l’échelle de notre table de salle de réunion”, sourit Alexander Mityashin, co-fondateur de Micro-écrans Micledi.

Micledi se concentre sur le développement de petits écrans équipés de microLED. La spin-off du célèbre centre de recherche de Louvain en microélectronique Imec le fait notamment pour les lunettes de réalité augmentée (dites « AR » pour « réalité augmentée »), c’est-à-dire ces lunettes qui ajoutent une couche numérique au monde réel par un écran interposé. Le nombre d’applications, professionnelles ou loisirs, est quasi infini.

Cependant, des produits comme HoloLens de Microsoft en sont encore à leurs balbutiements et ressemblent davantage à des casques pour le moment. “On peut les comparer aux premiers téléphones portables d’il y a plus de 20 ans”, poursuit le docteur en électronique de la KU Leuven. “Les modules d’affichage prennent beaucoup de place, la qualité d’image et la consommation d’énergie sont loin d’être idéales. La technologie MicroLED peut changer la donne et permettre la prochaine génération de lunettes.”

Bleu, rouge et vert

Une bonne palette de couleurs est importante pour la qualité de l’image. La combinaison de microdiodes qui émettent de la lumière bleue et d’un matériau spécial pour convertir les couleurs rouge et verte – le rouge, le vert et le bleu sont les couleurs de base de la lumière – permet d’obtenir des écrans multicolores performants. C’est là qu’interviennent les quantum dots, cheval de bataille de QustomDot, spin-off de l’Université de Gand cette fois et partenaire de Micledi Microdisplays.

1.7

millions d’euro

Micledi Microdisplays et QustomDots bénéficient d’une aide de 1,7 million d’euros du gouvernement flamand pour leur collaboration.

La vignette est également appropriée ici. Les points quantiques (ou boîtes), comme on les appelle, sont basés sur des semi-conducteurs à l’échelle nanométrique. “On parle de 4 à 8 nanomètres (un milliardième de mètre, ndlr)”, explique Kim De Nolf, PDG et fondateur de la start-up spécialisée dans les matériaux avancés QustomDot. Il parle d’une belle avancée qui, associée aux microLEDs, améliore considérablement la situation.

Alors, évidemment, les deux spin-offs belges ne sont pas les seules à avoir compris l’intérêt de ces deux développements. Des géants comme Samsung ou Sony ont même déjà lancé des téléviseurs à points quantiques. Mais un facteur de différenciation doit être pris en compte. Micledi, qui emploie 15 personnes, soit environ le même nombre que QustomDot, et plusieurs dizaines de personnes chez Imec, peut s’appuyer sur la Mecque de la technologie qu’est Imec. C’est l’un des rares centres au monde où des travaux et des tests approfondis peuvent être effectués sur ces technologies.

Mais ce n’est pas tout. “Nous sommes également la seule entreprise au monde qui fabrique des microLED sur une plate-forme de wafer de 300 millimètres (le disque de silicium dont les puces sont retirées, NDLR)”, précise Alexander Mityashin. Ceci est important car il s’agit de la version la plus récente et la plus performante pour la fabrication de microprocesseurs. Nous pouvons fabriquer des microlames de manière à ce qu’elles se combinent bien avec les points quantiques. Notre façon de faire est même une première mondiale.”

Aucune substance nocive

Quant aux boîtes quantiques de Gand, basées sur une invention universitaire, elles se démarquent également de la concurrence. En effet, ils sont fabriqués sans les substances nocives que sont le cadmium, le plomb ou le mercure, sont produits plus efficacement, durent plus longtemps et sont fabriqués sur mesure pour chaque client.

Kim De Nolf estime que le résultat de ces deux développements sera la base des écrans de demain. Alors pourquoi se concentrer uniquement sur les lunettes de réalité augmentée ? “Si vous pouvez théoriquement combiner les technologies pour n’importe quel type d’affichage, je pense que les lunettes AR ont le plus grand potentiel.”

“Nous les considérons comme un produit de consommation que beaucoup de gens finiront par utiliser, de la même manière qu’ils utilisent un smartphone aujourd’hui”, explique Alexander Mityashin. “Tous les grands acteurs, comme Facebook, Apple et Microsoft, travaillent sur des lunettes de réalité augmentée, qu’ils voient comme la prochaine vague d’électronique grand public. Nous estimons qu’il faudra environ cinq ans pour arriver à un produit, qui permette : des lunettes compactes avec de bons écrans, une batterie longue durée et un prix relativement bas.”

“Il faudra environ cinq ans pour voir émerger des lunettes de réalité augmentée véritablement grand public.”

Alexandre Mityachine

Co-fondateur de Micledi Microdisplays

Mais les deux entreprises, qui bénéficient d’une aide de 1,7 million d’euros du gouvernement flamand pour leur collaboration, n’attendront pas si longtemps. D’ici la fin de cette année, ils prévoient de déballer les premiers prototypes simplifiés. Celles-ci seront suivies d’autres, de plus en plus complexes, qui se rapprochent du produit final. Micledi et QustomDot visent un véritable projet pilote d’ici mi-2024.

A la recherche de 33 millions

Micledi Microdisplays et QustomDot ont besoin de capitaux frais : Micledi vise 25 millions d’euros, QustomDot environ 8 millions.

A l’occasion d’un premier tour, Micledi a déjà signé pour le montant le plus élevé : 11,5 millions contre 3,6 millions pour QustomDot.

Pour le nouveau qui se présentera, les deux entreprises se tourneront d’abord vers leurs investisseurs historiques. PMV accepte de soutenir les deux. Micledi comprend également la branche financière de l’État, SFPI, Imec.xpand et KBC Focus Fund, tandis que QustomDot comprend les polonais Qbic et Vigo Ventures. Micledi envisage également d’accueillir un acteur stratégique dans la capitale, comme un industriel.

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