Eric Dupond-Moretti déféré devant la Cour de justice de la République pour prise illégale d’intérêts

Le renvoi d’Eric Dupond-Moretti devant la commission d’enquête de la CJR ne manquerait pas de poser une nouvelle fois la question du maintien au gouvernement de l’ancien pénaliste. Joël SAGET / AFP

Suspecté de conflit d’intérêts, Dupond-Moretti est traduit en justice par la commission d’enquête de la Cour de justice de la République (TJR). Les trois magistrats qui le composent ont annoncé lundi 3 octobre au ministre, poursuivi depuis juillet 2021 pour prise illégale d’intérêts, qu’ils ont décidé de le renvoyer devant la formation judiciaire de cet organe, seule faculté à juger les membres du gouvernement. pour crimes ou délits commis dans l’exercice de leur mandat. Les avocats du ministre ont annoncé qu’ils se pourvoiraient en cassation.

Pour l’ancien ténor de la loi, nommé chef de la chancellerie à l’été 2020, et réélu à ce poste après la réélection en mai d’Emmanuel Macron, dont les relations avec la justice sont notoirement difficiles, il n’y a pas de mystère sur la décision: Il a déclaré mardi qu’il était “pratiquement assuré” d’être licencié. Ses avocats, Mes Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont également affirmé vendredi qu’ils ne se faisaient “pas d’illusions sur le sens de la décision”. C’est une première pour un ministre de la Justice en exercice.

Evoquée à chaque phase procédurale de ce dossier, la question du maintien du gouvernement de M. Dupond-Moretti, réélu à la chancellerie après la réélection, en mai, d’Emmanuel Macron, se poserait à nouveau. “J’ai toujours dit que je tenais ma légitimité du président de la République et du Premier ministre, et uniquement d’eux”, a déclaré M. Dupond-Moretti mardi.

Deux allégations contre M. Dupond-Moretti

Eric Dupond-Moretti est accusé d’avoir profité de sa position, autrefois à la tête du ministère de la Justice, pour régler des comptes avec des magistrats avec lesquels il avait eu des démêlés lorsqu’il était avocat, ce qu’il nie.

Les dénonciations des syndicats de magistrats et de l’association anti-corruption Anticor, qui dénonçaient deux situations de conflit d’intérêts depuis son arrivée à la chancellerie, avaient conduit à l’ouverture d’une information judiciaire en janvier 2021.

La première affaire fait référence à l’enquête administrative qu’il a ordonnée en septembre 2020 contre trois magistrats du Parquet national financier (PNF). Ils avaient fait détailler leurs factures de téléphone (“fadettes”) lorsque M. Dupond-Moretti était encore une star du bar, dans le but d’éliminer une éventuelle taupe qui aurait informé Nicolas Sarkozy qu’il était sur écoute au bar. affaire de corruption dite de “Paul Bismuth”.

Le procureur adjoint du PNF, Patrice Amar, et son ex-chef, Eliane Houlette, ont comparu en septembre devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui doit rendre sa décision le 19 octobre. Aucune sanction n’était requise à leur encontre. La troisième magistrate impliquée, Ulrika Delaunay-Weiss, a été révoquée avant toute audience devant le CSM.

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Dans la seconde affaire, le Garde des Sceaux est accusé d’avoir engagé une procédure administrative contre un ancien juge d’instruction attaché à Monaco, Edouard Levrault, qui avait mis en cause l’un de ses anciens clients. Eric Dupond-Moretti avait critiqué ses méthodes de “cowboy”. Le CSM a décidé le 15 septembre de ne pas sanctionner M. Levrault, estimant qu'”il ne pouvait lui être reproché aucune faute disciplinaire”. Une décision qui sonnait comme un démenti du ministre.

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Tout au long de l’enquête, Eric Dupond-Moretti a répété qu’il n’avait fait que “suivre les recommandations de son administration”. Un argument qui n’a pas convaincu le procureur : il a demandé, en mai, un procès contre le ministre.

C’est la première : si depuis sa création en 1993, huit ministres et deux secrétaires d’Etat ont été déférés au CJR, aucun ne l’a été dans l’exercice de leurs fonctions au sein du gouvernement.

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Le monde avec l’AFP

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