Publié le 8 novembre 2022 à 7h51 Mis à jour le 8 novembre 2022 à 16h17
Après la “Résurrection”, après la “Rénovation”, l’heure est à la “Révolution” annoncée chez Renault par son PDG, Luca de Meo, à son arrivée mi 2020. Lors d’une journée investisseurs très attendue, le constructeur tricolore a présenté mardi des objectifs financiers révisés, mais surtout un vaste projet de réorganisation, visant à accélérer sa transformation et à sécuriser son avenir.
“Il s’agit de préparer l’entreprise aux futurs défis et opportunités générés par la transformation de notre industrie”, se souvient Luca de Meo. Nous entendons nous positionner plus vite et plus fort que la concurrence sur les nouvelles chaînes de valeur automobiles : véhicule électrique, logiciels, nouvelles mobilités et économie circulaire », insiste-t-il.
Deux nouvelles filiales
Point d’orgue de cette réorganisation, la création (annoncée en février dernier) de deux nouvelles filiales destinées à accueillir des partenaires extérieurs : l’une dénommée Ampère, dédiée aux voitures électriques, et la seconde dénommée Cheval, spécialisée dans le développement et la production de motorisations thermiques et hybrides. . .
Comme prévu, Ampère regroupera 10 000 salariés en France, notamment ceux de la branche Electricité implantée dans les Alts-de-France, et aura pour objectif de produire un million de véhicules électriques sous la marque Renault d’ici 2031. Motivé pour la conversion progressive vers lithium-ion, la nouvelle société vise une croissance de plus de 30% par an sur les huit prochaines années, une marge opérationnelle à l’équilibre d’ici 2025 et 10% d’ici 2030.
La création d’une société dédiée vise à mieux tirer parti des atouts de Renault dans cette activité et à lever des capitaux pour accélérer son développement. Une introduction en bourse d’Ampère est annoncée “au second semestre 2023 au plus tôt”. Renault viserait une valorisation de 10 000 millions d’euros (elle ne confirme pas officiellement le chiffre), soit plus que sa valorisation boursière actuelle.
Diamond promet toutefois de conserver “une forte majorité” du capital. Le fabricant de puces Qualcomm Technologies, également partenaire d’un projet d’architecture électronique centralisée, s’est présenté comme un investisseur potentiel.
Quant à la participation de Nissan, l’allié historique de Renault, elle était encline à prendre également jusqu’à 15% d’Ampère, “c’est à l’étude”, a reconnu Luca de Meo, qui s’est toutefois refusé à donner plus de détails à ce stade.
Une alliance pour vendre plus de moteurs
Luca de Meo a également donné des précisions sur Horse, sa filiale spécialisée dans les moteurs (thermiques et hybrides) et les boîtes de vitesses. Renault a confirmé son alliance avec le chinois Geely dans une joint-venture, actuellement détenue à 50/50 par les deux partenaires. Constituée par apport d’actifs, sans échange de trésorerie, la nouvelle entité accueillera en temps voulu de “nouveaux partenaires”, précise le communiqué, sans mentionner le groupe pétrolier saoudien Aramco, pressenti pour investir aux côtés de Geely.
Destinée à servir les industriels du monde entier, Horse comptera 19 000 salariés, et générera un chiffre d’affaires de 15 000 millions d’euros depuis sa création. Renault compte sur cette alliance pour être plus compétitif en augmentant ses volumes, et pour desservir des zones géographiques dont il est actuellement absent, comme la Chine ou les États-Unis.
Le groupe Diamond a également annoncé la création d’autres divisions, qui auront chacune ses dirigeants et son compte de résultat : outre Ampère, elles comprendront Mobilize (dans les services), Alpine et The Future is Neutral (dans l’économie circulaire) . .
Le reste, qui formera “la base du business model” du groupe selon les termes du directeur financier Thierry Piéton (à savoir les voitures thermiques de Renault et Dacia, ainsi que les véhicules utilitaires), sera regroupé sous le nom de power C’est cette division qui accueillera la filiale Cheval.
Marge opérationnelle de 10%.
Cette nouvelle organisation doit accompagner l’atteinte de nouveaux objectifs financiers. Malgré sa sortie forcée du marché russe, le groupe au losange a atteint cette année avec deux ans d’avance les objectifs – certes assez modestes – fixés par le PDG Luca De Meo dans le cadre du plan stratégique de Renaulution.
Le constructeur vise désormais une marge opérationnelle supérieure à 8% en 2025 et 10% en 2030 (contre 5% en 2022). Le cash-flow libre doit être supérieur à 2 milliards d’euros par an en moyenne sur la période 2023-2025, et 3 milliards sur la période 2026-2030 (1,5 milliard en 2022).
Cette hausse des bénéfices devrait permettre de distribuer un dividende dès l’an prochain, au titre de l’année 2022. Le groupe promet aux actionnaires que le taux de distribution augmentera “progressivement et de manière disciplinée” jusqu’à 35% des bénéfices nets du groupe. Parallèlement, l’actionnariat salarié doit passer à 10 % du capital d’ici 2030.
Les investisseurs ont d’abord exprimé leur déception, notamment face au manque de précisions sur la refonte de l’Alliance : l’action Renault a chuté de 4% dans la matinée, avant de se redresser à -1,7% en fin de journée.
La réorganisation du Losange (notamment l’entrée de Nissan dans Ampère) devrait s’accompagner d’une refonte majeure de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, notamment à travers un rééquilibrage de la gouvernance. Mais la question est épineuse, et nécessitera encore des négociations délicates. “Il reste encore des semaines à venir”, murmure-t-on à Yokohama.