Enquête Une victime d’agression sexuelle signale des défauts dans la cellule d’écoute d’EELV

Signalé en juillet à la cellule d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes d’Europe-Ecologie-Les Verts, Julien Bayou a démissionné lundi dernier de son poste de secrétaire national du parti. Une structure “handicapée” selon l’avocat de l’élu parisien. “A quatre reprises, Julien Bayou a demandé par écrit à être entendu devant cette cellule, ce qui lui a été purement et simplement refusé”, a déclaré l’enseignante Marie Dosé. franceinfo a enquêté sur cette cellule. Si ses membres ont pour consigne de ne pas communiquer avec la presse, franceinfo a pu recueillir le témoignage d’une victime qui dénonce également des vices. Selon elle, l’un des membres de la cellule a contacté son agresseur présumé alors que le rapport est censé rester secret.

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L’histoire remonte aux débuts effectifs de la cellule d’écoute des Verts, courant 2020. La jeune femme, Louise (le prénom a été changé), militante depuis 2017 chez les Verts, affirme être victime d’une agression sexuelle traumatisante. à l’été 2020 d’un cadre de parti en Ile de France. Deux mois plus tard, il a choisi de saisir les dix membres de la cellule d’écoute violences sexuelles et sexistes, par mail (comme l’exige la procédure). Un rapport théorique strictement confidentiel. Mais moins de deux jours après son témoignage, son agresseur l’a contactée à plusieurs reprises. Appels, messages qui font peur à la victime. “Un des membres de la cellule a contacté mon agresseur pour lui dire que j’avais fait un signalement. Tous ces appels, ces messages, j’avais peur qu’il vienne me harceler chez moi. En prenant le ciel ·la, mon agresseur serait protégé par un certain nombre de personnes », regrette-t-il.

franceinfo a pu joindre cet ancien membre de la cellule qui aurait divulgué le rapport. Il est un cadre de parti influent en Ile-de-France et membre du Conseil fédéral. S’il ne nie pas “avoir informé très tôt l’agresseur de cette plainte”, il nie avoir communiqué le nom de la victime. Selon lui, il s’agissait “d’une décision collective et non d’une initiative individuelle pour avertir un autre cadre et ami”. Or, selon plusieurs sources écologistes, c’est cette initiative qui “a justifié son départ de la cellule scoute”.

De son côté, l’agresseur présumé de Louise a été suspendu et a démissionné en décembre 2020, avant même d’être entendu. Aujourd’hui, Louise garde un souvenir amer de l’avoir signalée à la cellule d’écoute. Selon elle, d’autres victimes ont refusé d’entrer dans la cellule à leur tour. “Certaines personnes qui ont entendu parler de mon histoire m’ont dit : pour l’instant, je n’ose pas témoigner. Ce genre de chose n’inspire pas confiance. Ce n’est pas possible d’inspirer confiance.”

“Le traitement de mon dossier a été plus difficile que l’attaque elle-même, d’une certaine manière.”

Franceinfo a contacté Jérémie Crépel. Il est le secrétaire national adjoint du parti et fait partie de ceux qui développent la cellule sur les violences sexuelles et de genre (cellule VSS). “Si c’est vrai – je n’ai pas d’informations ou d’éléments là-dessus – c’est grave. Et dans ce cas, c’est bien qu’il ne soit pas resté dans cette cellule, puisque cela abroge les obligations de ses membres. C’est aussi pour que nous avons mis en place, à partir de février 2022, de nouveaux protocoles pour s’assurer qu’aucune information ne sort de la cellule”.

La cellule VSS est composée de dix membres, majoritairement des femmes, 50% d’élus fédéraux, 50% de militants qui doivent recueillir plus des deux tiers des voix en leur nom pour être élus. Leurs noms sont publics. Ils sont formés par le groupe privé Egae de Caroline de Haas, bien connu dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Au terme de leur enquête contradictoire et d’entretiens souvent filmés, ils transmettent leur rapport et, le cas échéant, leurs propositions de sanctions à deux membres du bureau exécutif des Verts. Il est nouveau, daté de cette année. Avant, l’ensemble du Conseil fédéral – plus de 200 personnes – recevait ces dénonciations explosives par e-mail et en même temps.

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