“La RTBF tue le pluralisme sur internet”

Quel est le problème ? Selon les patrons de presse, la RTBF leur fait une concurrence déloyale en proposant gratuitement des informations écrites sur son site Internet. “Nous subventionnons un opérateur public pour entrer sur le marché de la presse et détruire son modèle économique »déclare François le Hodey, PDG d’IPM (Le gratuit, DH, L’avenir,…). Cette information de presse gratuite en ligne fournie par l’opérateur public (« eh bien, c’est relatif, puisque ce sont les impôts des citoyens qui financent tout », selon M. le Hodey) aurait un impact négatif direct sur les ventes d’abonnements et l’audience des sites Internet des grands groupes de presse privés. “C’est comme si la RTBF proposait gratuitement le catalogue Netflix sur son site. Plus personne n’achèterait un abonnement Netflix. développé par Bernard Marchant.

“Les cinq prochaines années seront cruciales”

Or, selon les éditeurs, l’avenir de la presse belge francophone passe par le développement du paiement numérique. “Depuis plus de 100 ans, le modèle économique de la presse quotidienne repose sur l’achat de journaux par les lecteurs.insiste François le Hodey, également président de LaPresse.be, que représente tous les éditeurs de presse quotidienne français et allemands du pays. Le papier disparaît lentement, mais la transition numérique est là. Nous avons juste besoin d’un peu de temps pour faire cette transition et les cinq prochaines années seront cruciales à cet égard ». LLes éditeurs pensent que leurs plans sont contrecarrés “cette course de la RTBF pour une offre internet gratuite similaire à celle proposée par les sites d’information payants”.

Un plan de gestion jugé illégal

En fait, cette situation existe depuis des années et a déjà été contestée devant les tribunaux par des éditeurs. Ce dernier avait été particulièrement écouté par les instances européennes. En 2014, la Commission européenne y a vu «un risque pour le pluralisme des médias” dans ce développement de l’information écrite en ligne par l’opérateur public. “Une définition plus claire du mandat de la RTBF en matière de services (écrits) en ligne est donc nécessaire., a insisté l’exécutif européen. Du coup, la Belgique s’était engagée à redresser la situation, rappellent les chefs de presse. “La cour d’appel de Mons nous a également donné raison en précisant que l’offre Internet de la RTBF devait être liée au contenu audiovisuel de l’opérateur public, rapportent les éditeurs, qui s’étonnent de ne pas trouver “aucune de ces balises” dans le futur contrat de gestion (2023-2027). Au contraire, selon eux, le texte laisse toute latitude à la RTBF pour développer un site de presse en ligne gratuit. “Ce contrat de gestion est illégal car il ne respecte pas la jurisprudence belge et les engagements européens »le patron de l’IPM s’indigne. “Le texte a été rédigé par des avocats de la RTBF”rapporte M. Marchant, ce qui pointe un problème de gouvernance. “Il y a un “entre-moi” qui n’est pas correct. L’arbitre joue avec l’équipe adverse”.

Défi démocratique

Au-delà de l’enjeu économique, il y a aussi un enjeu démocratique, selon la rédaction. “La RTBF tue le pluralisme sur internet, poursuit François le Hodey. L’opérateur public détient plus de 50% des moyens financiers des médias francophones en Belgique, où la VRT ne représente que 24% en Flandre et 14% pour France Télévisions.Les missions de France Télévisions ou VRT sont concentrées dans l’audiovisuel, l’écrit n’étant – tout au plus – qu’un accessoire ». Pour le patron de l’IPM, la situation des médias privés en Belgique francophone est «sans doute la plus compliquée d’Europe ».Le marché est petit et nous avons devant nous un énorme opérateur public dont les subventions sont indexées et qui peut frapper à la porte du gouvernement dès qu’il a un problème d’argent. Le pluralisme n’est pas la seule RTBF. Le pluralisme consiste à garantir un marché où les acteurs privés peuvent se développer ».

Le temps presse pour les éditeurs qui réclament une révision urgente du nouveau contrat de gestion de la RTBF. La balle est désormais dans le camp du PS-MR-Ecolo à majorité francophone. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles doit, en effet, approuver, ce mois-ci, le projet de contrat négocié ces dernières semaines par la ministre des Médias, Ecolo Bénédicte Linard, et l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot. “Nous demandons l’ouverture d’une consultation sur les articles relatifs aux activités de presse en ligne de la RTBF, insiste M. le Hodey. SSinon, nous serons contraints de faire valoir nos droits devant les tribunaux”, insiste le président des éditeurs. “Nous ne voulons pas de subventions, mais nous demandons de pouvoir continuer à nous développer en toute autonomie”conclut Bernard Marchant.

Réaction RTBF

Dans un communiqué, la RTBF ne commente pas les positions exprimées par LaPresse.be. Rappelons que le processus autour du contrat de gestion est fixé par la loi, “il est transparent et pluraliste avec un espace d’expression pour tous les groupes d’intérêts”.La transformation profonde du secteur et l’évolution rapide des modèles de consommation des contenus et des médias doivent conduire à une plus grande collaboration entre les médias locaux publics et privés, seul rempart contre l’invasion, la robustesse et la toute-puissance des plateformes mondiales”., explique la RTBF. Selon l’opérateur public, les évolutions proposées dans le futur contrat de gestion “inclure des limitations de l’offre écrite en ligne et des propositions concrètes pour soutenir la presse écrite commerciale et privée”. LLe fil conducteur de ces propositions est de maintenir le pluralisme dans un esprit d’équité. Toutes les recommandations du Parlement, et les précisions du texte demandées par le CSA sont intégrées dans le texte”dit la déclaration.

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