Publié le : 07/11/2022 – 22:38
Washington (AFP) – Les fans de musique électronique le savent bien : dès qu’un DJ frappe la basse, la foule s’emballe et répond en accentuant ses pas de danse. Mais à quel point cet effet est-il conscient ?
Des chercheurs se sont penchés de plus près sur la relation entre les basses fréquences et la danse, grâce à une expérimentation grandeur nature lors d’un concert.
Les résultats, publiés lundi dans la revue scientifique Current Biology, montrent que les participants ont dansé près de 12% de plus lorsque de très basses fréquences étaient imperceptiblement jouées, en plus de la musique.
Le public “n’était pas conscient de ces changements, mais a néanmoins guidé ses mouvements”, a résumé à l’AFP David Cameron, neuroscientifique et auteur principal de l’étude.
Ces résultats confirment ainsi la « relation particulière » entre la basse et la danse, observée le plus souvent de manière anecdotique jusqu’à présent.
Lors des soirées, “les gens ont tendance à monter les basses”, note le chercheur de l’université McMaster au Canada, lui-même batteur. Et dans toutes les cultures, ce sont principalement « les instruments à basse fréquence, comme la basse ou la batterie, qui donnent le pouls de la musique ».
“Mais ce que nous ne savions pas, c’est : pouvez-vous vraiment danser plus à la basse ?”, a-t-il expliqué.
L’expérience, menée au Canada, s’est déroulée dans le LIVElab, un bâtiment qui sert à la fois de salle de concert et de laboratoire de recherche.
Une soixantaine de personnes – sur les quelque 130 venues assister au concert du duo de musique électronique Orphx – ont accepté de porter un bandeau équipé d’un capteur, enregistrant leurs mouvements en temps réel.
Puis, pendant le concert, les chercheurs ont allumé et éteint par intermittence des haut-parleurs spéciaux à très basse fréquence.
Les scientifiques ont vérifié, à l’aide d’un questionnaire rempli par les participants après le concert et d’une expérience séparée, que ces fréquences étaient bien inaudibles. Cette méthode a permis d’isoler l’effet de basse, l’empêchant d’être perturbé par d’autres facteurs, comme connaître ou non le morceau joué.
Intuitif
“J’ai été impressionné par l’effet”, a déclaré David Cameron.
Selon lui, deux hypothèses peuvent expliquer pourquoi la basse nous fait tant danser. D’une part, ils pourraient stimuler le système tactile (la peau), mais aussi le système vestibulaire, plus communément appelé oreille interne.
Cependant, la connexion entre ces systèmes et le système moteur, à l’origine des mouvements, est très étroite. Elle est avant tout intuitive, car elle ne passe pas par le lobe frontal du cerveau.
Cette stimulation pourrait donner “un petit coup de pouce au système moteur, et ajouter un peu d’énergie et de vigueur aux mouvements”, a suggéré le chercheur, qui souhaite vérifier cette hypothèse dans de futures expériences.
Quant à la grande question de savoir pourquoi les humains dansent, le mystère demeure.
“J’ai toujours été intéressé par le rythme, et surtout ce qui fait que le rythme nous donne envie de bouger”, malgré l’apparente absence de fonction, note David Cameron.
Les différentes théories proposées font souvent intervenir l’idée de cohésion sociale.
“Quand on se synchronise avec les autres, on a tendance à ressentir une connexion avec eux”, souligne le chercheur. “Cela nous permet de nous sentir mieux en groupe et donc de mieux fonctionner en groupe : pour être plus efficace et promouvoir la paix.”
N’en déplaise aux voisins mécontents : les basses pourraient donc aussi contribuer à adoucir le moral.
© 2022 AFP