Ils sont au chômage et leur situation économique devient de plus en plus difficile. Dans son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France, qui paraît ce jeudi, le Secours catholique met en lumière la situation préoccupante des chômeurs de longue durée, c’est-à-dire ceux qui recherchent un emploi depuis plus d’un an. En France, près de 2,5 millions de personnes inscrites à Pôle emploi l’étaient dans ce cas au troisième trimestre 2022, selon des données publiées fin octobre par le ministère du Travail. Un chiffre sous-estimé selon Jean-Christophe Sarrot, responsable du service Emploi-Formation d’ATD Quart Món : “On peut le multiplier par deux, car beaucoup de chômeurs de longue durée ne sont plus inscrits à Pôle emploi et disparaissent des radars. »
Le Secours catholique note une augmentation de la proportion de chômeurs de longue durée parmi ses allocataires en 2021 par rapport à 2020 (+ 5 000). Ils représentent désormais 60% des chômeurs pris en charge par l’association. Une augmentation qui s’explique surtout par les effets de la crise du Covid-19 : “Pendant la crise sanitaire et tout de suite après, les entreprises les plus en difficulté ont d’abord tenté de conserver leurs emplois avec des CDI. Au contraire, de nombreux salariés en CDD et intérim ont perdu leur emploi”, explique Jean Merckaert, directeur de l’action et de la défense du Secours catholique.
Baisse des allocations de chômage
L’association rappelle également qu’en dix ans, la durée de l’activité chômage des allocataires du Secours catholique est passée de 1,6 an à 2,6 ans. Cependant, plus le chômage dure, plus le risque de perte d’employabilité est grand. “Et plus la durée du chômage s’allonge, plus la précarité de la personne et celle de sa famille augmente”, souligne Jean Merckaert. Même lorsqu’ils perçoivent des allocations de chômage, de nombreux chômeurs de longue durée se sont appauvris ces dernières années.
Jean-Christophe Sarrot s’explique : “Les différentes réformes de l’assurance-chômage de ces dernières années sont toutes allées dans le même sens : l’effondrement des droits des chômeurs et le durcissement des conditions d’indemnisation”. Un effet que Jean Merckaert a également pu constater : « Le changement du mode de calcul des indemnités de chômage a eu pour effet de baisser le montant des indemnités et de réduire la durée d’indemnisation. »
Les dépenses limitées pèsent plus lourd
Autre cause : le poids de plus en plus lourd de dépenses limitées (loyer, énergie, assurances, téléphone…). Selon le Secours catholique, ces dépenses absorbent en moyenne près de 60 % des revenus des ménages en situation précaire, contre 30 % de l’ensemble de la population vivant en France. « La moitié des ménages que nous aidons ont de quoi vivre avec moins de 5 euros par jour et par personne. Cependant, nous considérons qu’il faut un minimum de 7 euros par jour pour se nourrir”, souligne Jean Merckaert. L’inquiétude de l’association est d’autant plus grande que le choc inflationniste n’a pas encore produit tous ses effets.
La situation est encore pire pour les chômeurs de longue durée qui ne perçoivent plus d’allocations de chômage. La durée des prestations d’assurance chômage ne peut excéder deux ans pour les moins de 53 ans, deux ans et demi pour les 53 ou 54 ans et trois ans pour les 55 ans et plus. Si bien qu’« en France, seuls 40 % des chômeurs perçoivent une aide. Une grande partie des chômeurs de longue durée ont épuisé leurs droits”, précise Jean-Christophe Sarrot. La plupart de ces personnes perçoivent le RSA (soit 598,54 euros pour une personne seule) ou l’allocation spécifique de solidarité (536,95 euros par mois versés pendant 6 mois). Un revenu qui vous permet uniquement de survivre.
Des pistes pour mieux les accompagner
De plus, certains ne perçoivent même pas les minima sociaux. En 2021, entre 29 % et 40 % des foyers accueillis par le Secours catholique ne bénéficiaient pas du RSA, alors qu’ils y avaient droit. “Cette absence de recours s’explique par les démarches administratives compliquées qui découragent certains”, explique Jean Merckaert.
Pourtant, il existe des solutions pour sortir ces demandeurs d’emploi de longue durée du marasme. “Il faut développer des territoires sans chômage de longue durée. Parce qu’ils permettent à ces personnes de se réinsérer par un travail de qualité, même si leur rémunération ne dépasse pas le SMIC. En 2023, il y en aura 60”, explique Jean-Christophe Sarrot. Jean Merckaert estime également qu’il faut “améliorer l’accompagnement de ces personnes, notamment en leur proposant des formations”. Une démarche déjà entamée par Pole emploi : il a formé 200 000 demandeurs d’emploi de longue durée en 2021, et se poursuivra en 2022.
Le Secours Catholique estime également que le gouvernement doit engager une politique volontariste contre le non-recours aux minima sociaux. Le gouvernement prévoit de lancer “des expérimentations début 2023” pour tester le versement automatique des prestations sociales. Un premier pas.