Les autorités se disent inquiètes du nombre de doléances de la population française, mais aussi de la manière dont ce mécontentement pourrait se traduire.
Vers une « explosion sociale » ? Ce mardi en fin d’après-midi, le gouvernement, par la voix de sa Première ministre Élisabeth Borne, présentera ses options pour l’avenir du système des retraites, dont l’un des points est le probable report de l’âge légal à 64 ans, annonce avec force opposition dans la rue et au Parlement, malgré les mesures de « justice sociale » promises.
“Une nouvelle mobilisation citoyenne à grande échelle”
Un climat social qui s’annonce extrêmement tendu, et qui inquiète les autorités. Dans une note du renseignement territorial du 6 janvier, que BFMTV a pu consulter, la police fait part de son inquiétude.
La somme des revendications actuelles fait craindre “la colère du corps social, qui pourrait être largement mobilisée dans le prolongement des annonces gouvernementales”.
Un faisceau de plaintes qui est détaillé dans cette note. “La hausse des prix de l’énergie pénalise de nombreuses activités, dont la rentabilité est désormais menacée”, écrit la police, qui estime que “l’année 2023 s’annonce difficile, avec de fortes revendications salariales dans les secteurs public et privé”.
“Si la population ne se mobilise pas massivement en ce moment, la poursuite de la dégradation du pouvoir d’achat, conjuguée à des réformes mal perçues, pourrait provoquer une nouvelle mobilisation des citoyens à grande échelle”, prévient le renseignement.
Désespoir des artisans
Premièrement, cette note indique qu’il faut s’attendre à des grèves de longue durée en plus des manifestations très probables qui devraient être annoncées à la fin du discours du Premier ministre.
“Au-delà des traditionnels cortèges dans la voie publique, le mouvement pourrait déboucher sur des grèves de longue durée dans plusieurs secteurs clés de l’économie (…) comme les actions de la CGT l’automne dernier dans les raffineries”, dit-il à lire.
Par ailleurs, la situation des “petits artisans” est également mise en lumière, dont celle des boulangers qui sont évoqués depuis plusieurs jours en haut lieu en raison de l’explosion de leurs factures d’électricité.
“Le désordre de nombreux professionnels, notamment des petits artisans de bouche, est désormais palpable. (…) Des initiatives d’entreprises voient le jour, bien qu’elles n’aient pas l’habitude de se mobiliser et d’agir sous forme de collectifs, à l’exemple d’une manifestation de artisans boulangers prévus à Paris le 23 janvier.
Sur BFMTV la semaine dernière, Corinne Butard, gérante de trois boulangeries, a confirmé qu’elle allait défiler ce jour-là alors qu’elle-même n’avait jamais manifesté de sa vie.
Exiger une supériorité unique
Dans la suite du document, l’intelligence territoriale s’inquiète également des mouvements qui pourraient se retrouver hors du cadre syndical, comme cela s’est produit fin 2022 lors de grèves dans les raffineries, dont certaines ont eu lieu contre le conseil de l’intersyndicale.
“Plusieurs mouvements ont été initiés par des groupes de travailleurs, hors de tout cadre syndical. Ce mode de défense des intérêts professionnels semble être de plus en plus prisé par les travailleurs, au détriment des actions traditionnelles des syndicats”, apprend-on.
Ces modes de mobilisation, “moins structurés, suscitent une certaine inquiétude tant dans les entreprises que dans le monde syndical”, et induisent “des modes d’action nécessairement disruptifs et imprévisibles”, avec “parfois des actions planifiées en quelques heures avec l’aide des société des médias.
Dès lors, la police estime que ces modes d’action pourraient conduire à “une certaine surenchère de revendications” de la part des syndicats, de peur d’être “débordés par leur base”.
Et les gilets jaunes ?
Enfin, la note de renseignement rappelle que la hausse des prix de l’énergie, la demande initiale des gilets jaunes, et l’inflation, “semblent remotiver [ces derniers] et les opposants au laissez-passer sanitaire, qui visent à multiplier les actions de visibilité.
Ces derniers mois, leurs rassemblements n’ont pas été très fructueux, mais “l’échec d’importantes mobilisations de gilets jaunes ne doit pas masquer la montée du mécontentement au sein des territoires, lié à une dégradation du pouvoir d’achat”.
Ce samedi, environ 4.700 personnes se sont mobilisées samedi en France à son appel, dont 2.000 à Paris, pour dénoncer la politique d’Emmanuel Macron et la future réforme des retraites.
Alexandra Gonzalez avec Hugo Septier